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Un jour où il pleuvait un peu moins que d'habitude, sur une terrasse chauffée et protégée par une bâche rouge, Ni. m'a dit l'air grave: " Mon colocataire organise des soirées jeux vidéo tous les lundis en rentrant du travail avec les deux seuls amis qu'il a. Lorsque je passe devant sa chambre et que je l'entends hurler à travers la porte, "Pose, la bombe, vite!", tu ne peux pas savoir à quel point ça me déprime."

(...)

Après un synopsis rendu et accepté par un rédacteur en chef, que je tutoie aujourd'hui, j'ai passé des journées entières enfermée chez moi, cheveux attachés à la va-vite, coiffure oscillant entre le bun de saison et quelque chose de plus flou rappelant le chignon d'une ouvrière britannique de la révolution industrielle, mon blackberry en mode silence, oubliant les heures et pianotant fébrilement sur le clavier de mon ordinateur.

Pendant ces quelques jours, où ma vie sociale a été suspendue, j'ai aimé décortiquer des ouvrages sociologiques, historiques et quelques Yomiuri Shimbun, avec ce bruit des pages que l'on tourne avidement dans l'espoir de trouver un angle, une phrase, une idée susceptible de donner le ton à 15000 signes.

En passant devant le Monceau Fleurs, j'ai choisi un bouquet de gerberas jaunes, à défaut de tournesols, mes fleurs préférées mais dont ce n'est pas encore la saison, pour amener un peu de soleil dans mon quotidien. Rue Lévis, je me suis approvisionnée en carottes nouvelles, poignées d'épinards frais et petits pois, rien que pour le plaisir de les écosser, avant de tenter des Pancakes aux épinards qui, je dois l'avouer, ont eu leur petit succès. Dans mon blender, une demi pomme, un quart d'oignon, le jus d'un citron vert, un trait de sauce soja et un peu d'huile d'olive ont été mixé pour assaisonner une salade de mâche, lard grillé et oeuf dur coupé en fines rondelles.

J'ai souri lorsqu'A. m'a dit, un soir où j'hésitais un peu à me confier: "Depuis que je te connais, tu m'as fait goûter du Gruyère suisse enroulé d'une feuille craquante d'algue japonaise, nous avons fait un after chez un coiffeur à 4 heures du matin qui t'a coupé les cheveux avec une coupe de champagne dans une main et j'ai finalement compris que derrière ton air d'être toujours heureuse se cachait parfois beaucoup d'inquiétude, alors plus rien ne m'étonne avec toi. Raconte moi ce qu'il se passe."

Lors d'une balade avec Cyn., rue Saint Honoré, nous avons parlé d'amitié, des relations familiales et des fameuses limites, celles qu'on devrait apprendre à mettre autour de soi mais dont l'exercice pratique peut s'avérer parfois laborieux. "Savoir mettre les limites, tout est toujours une question de limite." a-t-elle dit calmement.

Un dernier soir de week-end, rue des Archives, il y a eu quatre amis fraîchement rencontrés, des bucatini marinara, une salade avec des pignons grillés et du vin rouge. En mettant les couverts sur la table en verre, Cath. m'a parlé de son petit traiteur italien et, finalement, de toutes les autres épiceries fines de son quartier, dans lesquelles elle faisait ses courses, en ponctuant son explication par "I give all my salary to the rue Rambuteau".

A travers un mail plein de retenue qui lui est propre, N. m'a partagé son quotidien intense, usant et parfois absurde qui la poursuit longtemps après avoir franchi la porte de l'hôpital à la nuit tombée. Elle m'y racontait des journées longues et éreintantes avec des patients d'âge honorable dont certains rêvent secrètement, dans les quatre murs de leurs chambres, d'en terminer dignement.

Aujourd'hui, je sais que trente kilos de costumes, cravates en soie et chemises, avec ses initiales brodées, ont quittés la Rue Adrien-Lachenal et qu'il y adorénavant 7 heures de différence entre lui et moi. La nuit d'insomnie, provoquée par ce départ, a été oubliée dès 13h10 ce jeudi là et tard dans la soirée, sur le chemin du retour de la station de métro à chez moi, "Photomaton" de Jabberwocky dans mes écouteurs et sous une pluie fine et froide, capable de transformer n'importe quel Gizmo en Gremlins, j'ai repensé à ces moments si agréables, partagés avec lui, mais dont le retour à la réalité est toujours tellement brutal.

Néanmoins, je me surprends à sourire lorsque j'aperçois cette petite babouche rouge aimantée sur mon réfrigérateur, attention inattendue de G., offerte par dessus une table en bois d'un restaurant argentin. Elle me fait penser à toute cette tendresse qui surgit toujours au moment où je m'y attends le moins et qui me touche à un point qui me surprend à chaque fois. Soudain m'est revenu le "On ne résiste pas au bonheur" entendu dans "Les Amants" de Louis Malle.

 

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